Thélyson Orélien est un jeune écrivain de 38 ans, né à Gonaïves en Haïti et exilé au Canada depuis quatorze ans. Le lundi 21 septembre dernier, à Paris, un jury (composé de 400 lecteurs et 400 libraires) lui a décerné le prix du Roman Fnac pour son premier ouvrage intitulé «C’était ça ou mourir» (paru chez Grasset, le 19 août – 272 pages).
Auparavant, le 25 août 2026, l’ouvrage a reçu le prix Strasbourg Espoir CIC. Le 30 juillet 2026, le prix Méduse a été attribué à Orélien. Le 31 août 2026, il était aussi le lauréat du prix Première plume.
Dans «C’était ça ou mourir», l’auteur raconte le long voyage de son personnage, Jonas Dorléon, un professeur d’histoire, depuis la Caraïbe en passant par l’Amérique du Sud pour atteindre le Canada en Amérique du Nord.
Mais, le 21 septembre dernier, ce beau tableau a été terni par une accusation, lancée sur le réseau social X par le compte anonyme «Balance ton Claude», de la rédaction presque intégrale du roman par l’intelligence artificielle (IA). Thélyson Orélien a dû sentir la terre se dérober sous ses pieds comme pendant le séisme de 2010 en Haïti mais il a nié catégoriquement cette accusation.
Le 25 septembre, Samuel Fitoussi (chroniqueur au journal Le Figaro, écrivain et investisseur dans l’IA) a révélé être l’une des personnes derrière Balance Ton Claude. «À tous ceux qui nous reprochent d’avoir nui à Orélien, pensez plutôt à l’auteur qui a passé des centaines d’heures sur son manuscrit pour écrire un magnifique livre, qui aurait mérité le Goncourt, et qui ne l’aurait pas eu. Aurait-il été plus juste de laisser cet auteur être floué ? Et des milliers de lecteurs être trahis ?(…)», a-t-il écrit sur son compte X personnel. Les réactions à sa longue explication sont partagées. Maintenant, l’homme de 29 ans est accusé, à son tour, par une partie de la gauche française de mener «une cabale d’extrême-droite» contre Thélyson Orélien… Mais, le mal est fait : ce 25 septembre, le prix Strasbourg Espoir CIC, dont la remise officielle était prévue le 29 septembre 2026, lors du festival des Bibliothèques idéales, a été retiré à l’écrivain haïtien..
Depuis le 23 septembre, l’auteur doit aussi faire face à une accusation de plagiat concernant d’autres écrits (au total 6) publiés dans le journal La Presse de Montréal où il était rédacteur pigiste, entre 2012 et 2014. Par exemple, le quotidien canadien écrit qu’un texte d’opinion rédigé par Orélien, intitulé «Ne mettons pas nos héros sur un piédestal» et publié le 28 février 2013 dans ses colonnes «est une traduction légèrement remaniée» d’un texte écrit par un chroniqueur d’un quotidien de Manille, The Philippine Star, le 23 février 2013.
De plus, selon ce journal, une nouvelle intitulée «Où va le monde» et rédigée par Thélyson Orélien, qui a remporté le prix du Public de Radio Canada en 2012, comporte également plusieurs passages du livre «Le matin des magiciens» (1960) des écrivains français Louis Pauwels et Jacques Bergier. L’analyse ayant été faite par le logiciel Pangram.
On s’interroge sur le fait que ces textes «copiés» par l’écrivain, proviennent d’auteurs originaires de France, des Philippines, de la Colombie, du Danemark, d’Inde. Des terres lointaines de son lieu de résidence pour ne pas être repéré? Grave erreur car il y a longtemps que nous vivons dans un «village planétaire» et que tout fini par se savoir… Ces «copies» ont été publiées avec une très grande facilité dans La Presse mais aussi HuffPost Québec (juin 2014), Médiapart (novembre 2014) et le réseau Monboblog de RFI (février 2013).
Alors oui, Thélyson Orélien est un «phénomène littéraire», ces grands médias n’ont remarqué aucun plagiat, à l’époque.
L’affaire Thélyson Orélien était basée, au début, sur l’usage de l’IA lancé en France mais le coup de grâce est arrivé du Canada avec l’usage du plagiat. Certains s’interrogent même sur la couleur politique de La Presse qui a analysé des publications de son ancien collaborateur. Certes, l’extrême-droite connaît un essor au Canada mais ce journal est classé au centre-droit.
Certains Canadiens en veulent-ils à cet immigré qui a trouvé refuge chez eux dans une communauté haïtienne représentant près de 180 000 personnes? Peut-être. En effet, dans un passage de son roman, Orélien critique ouvertement son pays d’accueil quant au traitement réservé aux immigrés : «On te donne une petite aide, assez pour que tu ne meures pas, mais pas assez pour que tu vives. Tu deviens un zombi administratif. Ni mort, ni vivant (…)» ; «Ici, on pleure pour un chien mais on soupçonne l’étranger. Un chien recueilli est une belle histoire. Un réfugié accepté est une charge supplémentaire (…)».
Le pompage de textes appartenant à autrui est-il une erreur de jeunesse ou un goût prononcé, une passion pour usurper le travail intellectuel des autres? Thélyson Orélien, qui est en ce moment en tournée dans toute la France continentale pour des séances de signatures, a promis de s’exprimer dès que l’ambiance se sera apaisée. Que va décider la maison d’édition Grasset? Va-t-elle interrompre cette tournée promotionnelle sachant que des sommes importantes sont en jeu?
L’utilisation de l’IA pouvait être contestée mais le recours au plagiat dans de précédentes publications rend maintenant la situation délicate.
Au Canada, la descente aux enfers se poursuit pour l’écrivain puisque l’on apprend le jeudi 24 septembre que les organisateurs du 48e Salon du livre de l’Estrie qui a lieu du 15 au 18 octobre 2026 viennent d’exclure Thélyson Orélien comme invité d’honneur. La maison d’édition du Boréal se dit «préoccupée» par ces allégations de plagiat et suspend la promotion de l’écrivain et son roman.
En France hexagonale, le vendredi 25 au matin, l’académie Goncourt a décidé de supprimer le roman «C’était ça ou mourir» de sa sélection 2026 ; le lauréat du célèbre prix littéraire sera connu le 3 novembre prochain. Thélyson Orélien ne fait plus partie de la liste des auteurs retenus pour le prix Goncourt des Lycéens qui sera remis le 26 novembre prochain.
L’Haïtien est-il aussi pris dans des réglements de compte entre maisons d’édition françaises?
Le 25 septembre, on a aussi appris que Thélyson Orélien a finalement stoppé sa tournée promotionnelle sur le sol français et s’est envolé à Ottawa.
Alors oui, Thélyson Orélien est un «phénomène littéraire», car IA ou pas IA, aucune maison d’édition ne peut mettre fin à son contrat.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces attaques ont été bien orchestrées par ces détracteurs. Comment ne pas penser qu’il s’agit d’une opération mains propres destinée à discréditer totalement Thélyson Orélien, présenté maintenant comme un escroc alors qu’il était qualifié de «phénomène littéraire» et en lice pour d’autres prix littéraires?
Après un tel bain d’insultes et de mépris – rien à voir avec le traditionnel bain de feuillage que l’on prend aux Antilles – le doute s’est fortement installé. «Un mensonge est toujours mieux écouté qu’une vérité», dit le dicton et, si l’écrivain haïtien est innocent, il devra être très solide mentalement et physiquement pour rester debout au milieu de ces vents cycloniques.
En Grande-Bretagne, l’ancien plus jeune professeur de sociologie de l’éducation de l’Université de Cambridge, Jason Arday, accusé de plagiat, n’a pas résisté au harcèlement médiatique et s’est donné la mort le 14 août dernier… C’est peut-être la raison pour laquelle, tel un pyromane essayant d’éteindre l’incendie qu’il a lui-même allumé, Samuel Fitoussi de «Balance ton Claude» a demandé à ses lecteurs, dans un post publié le mardi 22 septembre dernier, «d’y aller mollo sur les attaques contre Thélyson Orélien (…)».
Le premier lauréat africain du prix Renaudot en 1968 était Yambo Ouologuem (1940-2017) pour «Le Devoir de violence». Accusé de plagiat, le livre du jeune auteur a été retiré de la vente en 1972 par la maison d’édition parisienne, Seuil. Le Malien s’est réfugié dans son pays et est tombé dans l’oubli.
Dans un soucis d’impartialité, pourquoi «Balance ton Claude» n’a pas choisi tous les auteurs sélectionnés pour les grands prix littéraires français 2026, afin de leur faire passer les différents tests IA?
On dit que tel auteur ne sait même pas aligner deux mots sur une feuille et qu’il a forcément utilisé un nègre ou prête-plume. Donc, recourir à un nègre littéraire pour écrire son livre, c’est normal mais recourir à l’IA, c’est condamnable. Quelle hypocrisie! Que l’écrivain qui n’a jamais utilisé l’IA, de nos jours, jette à Thélyson Orélien la première pierre!
Un auteur est vilipendé mais quel sort sera réservé à un éditeur si c’est lui qui a corrigé, amélioré un manuscrit avec l’IA avant publication?
Alors oui, Thélyson Orélien est un «phénomène littéraire» car, suite à cette polémique, les ouvrages devront désormais préciser s’ils ont été rédigés par l’intelligence naturelle ou humaine (IN – IH) ou l’intelligence artificielle (IA).
Sans tomber dans le racisme systématique, on peut croire que certains pensent qu’un Noir, colonisé ou descendant d’esclave est une bête de somme n’ayant aucune intelligence naturelle et qu’il a forcément besoin d’une aide comme l’informatique pour s’exprimer. Ce n’est pas parce ce livre «C’était ça ou mourir» est écrit excellement qu’il ne peut pas avoir été écrit par un Homme, un Noir.
De plus en plus, l’intelligence artificielle envahit nos vies. Certains la considèrent comme la seule entité qui détient la vérité, mais ils oublient que c’est l’Homme qui a donné à la machine ce pouvoir. C’est simplement une mémoire informatique dans laquelle sont enregistrés des milliards de données – souvent occidentales ou appartenant au monde de son inventeur – une machine capable de recracher ce que l’Homme lui a mis dans le crâne. L’IA n’est pas Dieu et l’IA peut se tromper. Aucun de ces logiciels n’a la science infuse, aucun n’est fiable à 100%.
Les détracteurs de Thélyson Orélien n’aiment visiblement pas son style d’écriture. Trop ceci, pas trop cela… On parle de français de France et de français du Canada, on parle d’anglais des États-Unis et d’anglais de Grande-Bretagne, pourquoi ne pas parler aussi d’un français d’Haïti, de Guadeloupe, de Martinique ou du Congo et d’ailleurs?
Si les expressions, les répétitions, les onomatopées ou autres singularités du style de Thélyson Orélien, calquées sur la langue créole qui est imagée, gênent certains puristes de la langue de Molière, peut-être devraient-ils s’interroger sur la richesse que représentent ces auteurs ultramarins ou étrangers (qui souvent parlent d’autres langues) grâce à leurs apports à la langue française. Après tout, l’écrivain est aussi un artiste qui crée…
D’autres l’ont bien compris, notamment à travers la Francophonie, cette «machine de guerre» destinée à maintenir le rayonnement de la langue française sur le plan international…
Alors oui, Thélyson Orélien est un «phénomène littéraire» car, s’il a utilisé l’IA, il a su trouver un sujet captivant et des éléments justes pour séduire éditeurs, libraires et lecteurs.
Le Caribéen Thélyson Orélien qui vient d’une région occupant une place unique en matière de littérature au niveau mondial, n’avait pas besoin de ce scandale pour exister.
En effet, les îles de la Caraïbe (ce petit territoire!) comptent de nombreux écrivains (francophones, anglophones, hispanophones…) ayant reçu des prix littéraires prestigieux. On y dénombre d’ailleurs quatre prix Nobel de littérature : Saint-John Perse (Guadeloupe, en 1960 ); Derek Walcott (Sainte-Lucie, en 1992); V. S. Naipaul (Trinidad & Tobago, en 2001) et Maryse Condé (Guadeloupe, prix Nobel alternatif, en 2018).
La France a déjà distingué de nombreux Caribéens avec, par exemple : le prix Goncourt décerné au Guyanais né de parents martiniquais René Maran en 1921 et au Martiniquais Patrick Chamoiseau en 1992 ; le prix Renaudot au Martiniquais Édouard Glissant en 1958 et à l’Haïtien René Depestre en 1988 ; la médaille de Bronze du prix Anaïs-Ségalas de l’Académie française à la Guadeloupéenne Maryse Condé en 1988 ; le prix Médicis à l’Haïtien Dany Laferrière en 2009 ; le Grand prix littéraire des écrivains de langue française à l’Haïtienne Emmelie Prophète en 2009 ; le prix Fémina à l’Haïtienne Yanick Lahens en 2014 ; le Grand prix du roman de l’Académie française aussi à l’Haïtienne Yanick Lahens en 2025 ; le prix du Rayonnement de la langue et de la littérature française (de l’Académie française) à l’Haïtien Gary Victor en 2018 ; le prix de la langue française à l’Haïtien Louis-Philippe Dalembert en 2019 ; le Grand prix des lectrices de ELLE à la Guadeloupéenne Gisèle Pineau en 1994, etc.
Notons qu’en 1977, le Cubain Alejo Carpentier a remporté le prix espagnol de littérature le plus prestigieux, le prix Cervantès.
D’autres auteurs haïtiens – comme Émeric Bergeaud (1818-1858), Jacques Roumain (1907-1944), Jacques Stephen Alexis (1922-1961), Frankétienne (1936-2025) ont également publié des ouvrages à succès.
Avec tous ses célèbres écrivains, Haïti est devenu une sorte de laboratoire où les jeunes très tôt prennent la plume pour raconter leur vie, leur histoire, leur imaginaire. La jeunesse haïtienne s’est régulièrement illustrée lors du prix du Jeune Écrivain de Langue française, par exemple.
En réalité, Thélyson Orélien n’est pas un novice en matière d’écriture. Depuis vingt ans, il a déjà publié, entre autres, deux romans («Éternels amants», Éditions des Marges, 2023 et «Le rêve de la mer noire», Éditions C3, 2025) ; de la poésie (dont «Au-delà du silence», Méga Imprimeur, 2006 ; «Les couleurs de ma terre» Éditions de l’Hèbe, 2007, prix interrégional Jeunes auteurs) ; des nouvelles (dont «Où va le monde»). L’auteur a déjà reçu des distinctions parmi lesquelles le prix du Concours d’écriture des Nations unies pour Haïti (2006) et le prix Amaranthe (2024). On suppose que ses détracteurs s’empresseront d’examiner toutes ses productions.
Cette étiquette de débutant explique, peut-être, la raison pour laquelle ses détracteurs français sont «tonbé si-li kon mas é fè blan» (traduction litérale de cette expression créole: lui sont tombés dessus comme une mas sur du fer banc) en disant qu’il ne sait pas parler le français, voire s’exprimer, ni parler de son roman etc.
«C’était ça ou mourir» est son premier roman à succès, il a déja été publié par trois maisons d’éditions : C3 (Haïti), Boréal (Canada) et Grasset (France) et il est en cours de traduction dans plus d’une vingtaine de pays.
Alors oui, Thélyson Orélien est un «phénomène littéraire» car ce roman a déjà remporté des prix en France et il était pressenti pour rafler tous les autres prix littéraires prestigieux. Du jamais vu dans le monde de la littérature.
Par ailleurs, est-ce vraiment le style d’écriture de l’auteur qui pose problème ou le sujet qu’il traite dans son roman, c’est-à-dire l’immigration? «C’était ça ou mourir» est, en fait, un hymne à l’immigré…seulement, il ne fait pas bon d’être un immigré en France hexagonale, actuellement. Il suffit de lire les commentaires et les forums sur les réseaux sociaux – devenus de véritables déversoirs de haine – pour comprendre que de très nombreux Français revendiquent la préférence nationale et des frontières hermétiques.
La crise économique que traverse le pays – et qui ira en s’aggravant, selon les spécialistes de l’économie – pousse une partie de la population aux abois à rechercher des responsables de toutes leurs difficultés financières.
L’immigration est devenue le problème principal que les Français souhaitent régler et ils attendent une réponse ferme des candidats à l’élection présidentielle de 2027.
La France, «Pays des Lumières» qui se vante d’avoir apporté la civilisation à des pays dits du Tiers-Monde prend conscience de son déclassement.
Quant à Thélyson Orélien, il ne lui reste plus qu’à écrire d’autres romans afin de prouver que son talent d’écrivain est indéniable. Les prix littéraires n’ont plus aucune importance pour «C’était ça ou mourir» car selon le quotidien français, Le Parisien (29 septembre 2026), malgré la polémique, ce roman est le plus vendu en France avec 18 256 ventes entre le 21 et 27 septembre 2026 (chiffres de l’institut GfK)…
Nègre: Considéré comme une insulte raciste, les Caribéens de peau noire et métissée s’appellent pourtant «Nègres» ou «Nèg» (en créole). En Haïti, le «Nèg» (en créole) signifie aussi l’Homme, quelle que soit la couleur de peau.

