Rêves et visions de l’île de la Dominique dans une exposition

Du 6 au 14 octobre dernier, a eu lieu au Centre Culturel Rémi Nainsouta à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) une exposition d’oeuvres de dix-sept artistes dominiquais intitulée “Waitikubuli Dreams and Visions” (Rêves et Visions de Waitikubuli). Malgré les ravages causés par l’ouragan Maria dans leur île en septembre dernier, deux d’entre-eux avaient fait le déplacement : le célèbre peintre Earl Darius Etienne et un jeune peintre très talentueux, Lowell Omtni Royer.

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Mangrove River de Chase Lawrence

En juillet et août 2016, l’exposition intitulée “Carré d’Art de Guadeloupe” avec Ronald Cyrille, Daniel Dabriou, Diane Hugé et José Man Lius faisait escale au Old Mill Cultural Center en Dominique. Cet événement culturel ayant plu à Craig Stedman, responsable du développement des exportations à Dexia (une entreprise import-export basée à Roseau), ce dernier contacta la commissaire d’exposition et critique d’art, Nathalie Hainaut, afin de proposer une exposition d’artistes dominiquais en Guadeloupe.

Le projet d’exposition “Waitikubuli Dreams and Visions” était alors lancé, “Waitikubuli” qui signifie “Grand est son corps” est le nom kalinago de l’île de la Dominique.

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Nathalie Hainaut, commissaire d’exposition et critique d’art

Une exposition grâce au mécénat de Dexia

“C’est une exposition qui est entièrement produite par une entreprise de la Dominique, Dexia”, précise Nathalie Hainaut. Cette dernière qui se trouvait du 15 au 22 septembre dernier à Roseau afin de rencontrer les organisateurs n’est pas prête d’oublier sa rencontre avec le cyclone Maria. Le samedi 16 septembre, elle avait organisé la sélection des artistes pour participer à cette exposition en Guadeloupe, les oeuvres n’ayant pas été retenues devaient être exposées au Old Mill Cultural Centre. Le dimanche 17 septembre, tous les tableaux avaient déjà été emballés pour prendre le bateau en direction de la Guadeloupe mais la compagnie de transport annula le départ. Le lundi 18, les habitants avaient reçu l’ordre de rester confinés. “Je me trouvais chez le peintre Earl Darius Etienne et sa famille à Jimmit. Nous avons vécu l’horreur, le vent hurlait comme une bête, nous avons vu des containers et des toitures voler… Nous nous sommes battus contre les éléments durant toute la nuit, notamment pour évacuer l’eau. À 5h36 du matin, lorsque nous avons ouvert la porte, les arbres fruitiers dans le jardin avaient disparu, c’était un désastre. Le tableau intitulé “September 19th, 5.36 am” est la façon dont Earl a vu son jardin après l’ouragan Maria (…)”, raconte-t-elle.

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Earl Darius Etienne (peintre de la Dominique) à côté du tableau “September 19th, 5.36 am”

Une grande carrière de peintre en Dominique

Malgré le moment dramatique que traverse son île, Earl D. Etienne avait tenu à honorer la Guadeloupe de sa présence lors de cette manifestation culturelle prévue depuis plusieurs mois. Il connaît bien la Guadeloupe car il a des amis ici – comme le peintre Joël Nankin – et, il y a quatre ans, il faisait partie de la délégation dominiquaise qui a participé aux “Rencontres d’Art et d’Histoire” à Trois-Rivières, un événement dédié au patrimoine amérindien. “Je suis inspiré par l’héritage culturel kalinago, il faut dire que ma grand-mère paternelle est d’origine kalinago… La Caraïbe, l’Afrique sont aussi mes sources d’inspiration”, dit-il.

Pendant toute la durée de l’exposition au Centre Culturel Rémi Nainsouta à Pointe-à-Pitre, le célèbre peintre dominiquais a reçu les visiteurs et a parlé de son art. “Selon moi, je peignais déjà quand j’étais dans le ventre de ma mère. Avant, je faisais de la peinture figurative. Je faisais beaucoup de paysages, de portraits, par exemple. Maintenant, je me définis comme un environnementaliste, mes tableaux sont semi abstraits. Je peins avec de la peinture acrylique mais j’utilise aussi les fibres de coco comme brosse et matériau ou de la fumée pour avoir cette couleur noire que l’on peut voir sur l’une de mes oeuvres dans la salle etc.”, déclare-t-il.

En 40 ans de carrière, Earl D. Etienne a exposé ses oeuvres en Dominique, dans les îles de la Caraïbe (Guadeloupe, Martinique, Antigua & Barbuda, Saint-Kitts & Névis, Jamaïque, Saint-Lucie, Barbade, Trinidad & Tobago…), en Europe (Grande-Bretagne, Suisse, Autriche…) et aux États-Unis. “Depuis dix ans, j’expose dans ma maison en Dominique. Si l’on veut voir mes tableaux, il faut venir à Jimmit; chez moi, j’ai mon atelier et ma salle d’exposition”, dit-il.

Âgé de 60 ans et diplômé de l’Institut Edna Manley des Arts Visuels et du Spectacle à Kingston en Jamaïque, Earl Darius a une carrière artistique très intéressante. En effet, il a été professeur d’art à l’école secondaire puis il a été nommé responsable culturel par le gouvernement de la Dominique, un poste où, pendant 25 ans, il a donné des conférences sur l’art, participé à des événements culturels et surtout aidé les jeunes artistes de son île à organiser gratuitement leurs premières expositions.

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Lowell Omtni Royer, peintre de la Dominique

Earl D. Etienne comme modèle

D’ailleurs, presque tous les peintres dominiquais qui exposaient au Centre Culturel Rémi Nainsouta étaient des jeunes, si certains sont autodidactes, d’autres ont étudié l’art aux États-Unis, en Angleterre, en Jamaïque et même en Chine…

Parmi cette nouvelle génération d’artistes de la Dominique se trouvait Lowell Omtni Royer qui est le neveu de Earl. À 34 ans, cet artiste très talentueux a, comme son oncle, étudié les arts visuels à l’Institut Edna Manley de Kingston. “Mon oncle Earl est mon modèle, je voudrais avoir la même grande carrière et passer toute ma vie en Dominique comme lui. Je crois qu’il faut rester et travailler dans l’île pour la valoriser”, déclare-t-il. Après ce séjour de quatre années en Jamaïque, Lowell est rentré dans son île où il exerce sa profession d’artiste depuis huit ans et anime l’association DeviantArt. Ses disciplines préférées sont la peinture, le dessin ainsi que le tatouage. “J’aime peindre des portraits réalistes ainsi que la nature; j’aime les oiseaux, quand ils volent, ils représentent pour moi la liberté (…). Je réalise également des oeuvres sur du bois. Dans deux ans, j’aimerais revenir en Guadeloupe pour organiser une exposition de mes tableaux sur bois”, dit Lowell.

Pour sa part, Craig Stedman n’était malheureusement pas présent au vernissage à cause d’un accident de la route.

Cependant, en maintenant cette exposition en Guadeloupe malgré les moments douloureux qu’ils traversent, les peintres de la Dominique ont voulu montrer leur détermination à se relever rapidement et surtout dignement.

Les peintres de l’exposition: Carla ARMOUR – Tiffany BURNETT – Mercy DAVID – Rohann ALLPORT – Ziggy BRUNEY – Shadrach BURTON – David DURAND – Ray FRANCIS – Aaron HAMILTON – Tom JONES – Chase LAWRENCE – Elias NASSIEF – Lowell OMtNI ROYER – Earl Darius ETIENNE – Moses ELLINGWORTH – Arnold TOULON – invité : Ronald CYRILLE