À la demande de l’Atrium Tropiques – Scène Nationale en Martinique, l’artiste guadeloupéen a proposé au public une cinquantaine d’oeuvres (dont plusieurs monumentales) à travers l’exposition intitulée “Figi” du 13 janvier au 14 février 2026. Kariculture a rencontré Jérôme Sainte-Luce avant la fin de l’exposition.

Kariculture: C’est la première fois que vous exposez à l’Atrium Tropiques – Scène Nationale en Martinique, comment votre sélection par la direction de cette salle prestigieuse s’est-elle déroulée? Considérez-vous que c’est une belle progression dans votre carrière d’artiste?
Jérôme Sainte-Luce: Non, ce n’est pas la première fois que j’expose à l’Atrium, j’y avais déjà exposé en collectif mais c’est la première fois en solo. La sélection des oeuvres pour cette exposition s’est faite autour de la narration du graphisme, de ce que je souhaite raconter et de la dynamique des oeuvres dans l’espace. Pour cette exposition la sélection n’a pas été particulièrement difficile puisque mon propos était déjà clairement identifié. Ce projet d’exposition est une étape de plus dans ma carrière artistique.

Kariculture: Votre exposition s’intitule “Figi” (Visage, Figure), pourquoi ce titre? Elle est composée, entre autres, d’oeuvres monumentales et les couleurs sont parfois vives, pourquoi ces choix?
J.S-L.: L’exposition “Figi” s’articule dans le prolongement de ma démarche artistique, celle qui puise son récit dans l’univers graphique amérindien où le rapport entre l’homme/animal et la nature est une des portes d’entrées vers l’imaginaire, qui conduit à explorer inlassablement un moi intérieur. Les gestes urgents, instinctifs et bruts comme en suspension dans l’espace sont ici, telles des incantations, des interrupteurs pour réveiller des mémoires, pour ressusciter des visages, des Figi, des Présences. Le graphique comme médium amène à des lieux où le passé danse avec le présent dans une singularité à la fois spatiale et temporelle, visible et invisible dans le patrimoine Martinique et Guadeloupe. Comment par la force des lignes et des vides se dessine des identités ? Comment les traces communiquent et réunissent différentes cultures ? Comment à travers ces traits, ces visages se construit toute une histoire ? Comme une déambulation sacrée qui pousse le regard à se focaliser sur des visages et à ressentir une histoire… Cette exposition se veut comme un conte où les lignes, rythmes après rythmes, mouvements après mouvements, redonnent vie à des créatures sorties d’un passé/présent familier, des présences sorties de ma mémoire contre l’oubli pour nous dire “Souviens toi!”.

Kariculture: Vous résidez à Trois-Rivières en Guadeloupe, une “ville amérindienne” avec son Parc des Roches gravées, pourquoi est-ce important pour vous de faire connaître la présence de ces premiers peuples dans notre archipel ainsi que dans toute la Caraïbe à travers vos oeuvres?
J.S-L.: J’ai pris la posture de parler de mon environement immédiat, dans mon cas, Trois-Rivières avec son histoire et plus particulièrement sa dimension archéologique (les Amérindiens) qui m’inspire dans ma production plastique. C’est une manière pour moi d’explorer la Guadeloupe, la Martinique, de manière plus globale, la Caraibe.




