Thierry Gillon “Pwofésè”: “Le confinement n’a presque rien changé pour moi”

Thierry Gillon en train de sculpter un anolis (lézard) géant qu'il a appelé "Covid-19"

En avril 2019, nous vous avons présenté Thierry Gillon surnommé “Pwofésè” à l’occasion d’une grande exposition intitulée “Voyage intemporel” qu’il organisait au Centre Culturel Rémy Nainsouta à Pointe-à-Pitre. Le sculpteur est actuellement confiné chez lui à Pointe-Noire.

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Durant le confinement, Thierry Gillon s’est penché sur le thème de la géométrie sacrée

Thierry Gillon continuait à montrer ses oeuvres au public jusqu’au moment du confinement décidé par le Gouvernement le 17 mars dernier, à cause de la pandémie mondiale de Coronavirus/Covid-19. Le sculpteur qui est un amoureux de la nature a trouvé refuge dans son parc paysager sur les hauteurs de la commune de Pointe-Noire et vit tranquillement ce moment particulier.

“Quand le confinement a commencé, je venais de terminer une exposition à Saint-François, j’avais dépensé beaucoup d’énergie alors je me suis reposé. Le premier mois, en mars, je n’ai pas vraiment vu les effets du confinement, le deuxième mois, en avril, oui, j’étais un peu déstabilisé, je ne comprenais pas bien ce qu’il se passait parce que j’avais recommencé à sculpter. Je me suis rendu compte qu’il y avait cette privation de liberté et que je ne pouvais pas, par exemple, aller acheter un matériau (clou, papier verre ou autre chose) dont j’avais besoin pour terminer une pièce parce que tout était fermé. À part cela, le confinement n’a presque rien changé pour moi. Je sors une fois par semaine pour faire des courses…”, déclare Thierry Gillon.

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Un réveil en douceur

Les habitudes de l’artiste n’ont donc guère changé notamment quant à sa façon de travailler et, comme avant le confinement, il profite pleinement du cadre naturel où il vit. “Le matin, je me lève, je prépare mon café, je m’installe sur la véranda pour le boire en regardant les animaux parmi lesquels les anolis, en écoutant chanter les oiseaux, je fais un peu de méditation et je vais dans mon jardin pour regarder mes plantes… Vers 9h00 ou 10h00, je vais travailler mais je n’aime pas trop être enfermé dans un atelier quand je sculpte alors je me mets sous un manguier ou n’importe quel arbre autour de chez moi. Je peux m’arrêter pour déjeuner vers 15h00, je mange surtout des légumes, des choses du pays et souvent, je suis tellement absorbé que je ne pense même pas à manger. Je respire l’air frais de la montagne, les oiseaux volent et chantent autour de moi. Je reste là pendant des heures puisque je finis très tard, parfois à 3h00 du matin, j’ai une lampe pour m’éclairer. Quand je rentre dans la maison, je ramène toujours la sculpture sur laquelle je travaillais, cela me permet de voir autrement son évolution, les ombres de la nuit lui donnent un autre aspect; cela me permet aussi de voir ce que je peux améliorer et de préparer déjà le travail du lendemain”, raconte “Pwofésè”.

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Un monde déséquilibré

Cette épidémie mondiale de Covid-19 est une nouvelle occasion pour l’artiste de réfléchir sur les grands sujets du monde contemporain et de traduire avec son art ce qu’il ressent. “Pendant ce confinement, je me suis penché sur le thème de la géométrie sacrée c’est-à-dire tout ce qui a permis à l’homme d’arriver là où il est actuellement, sur le thème de l’équilibre impossible en assemblant des formes différentes (triangle, carré, rond…) parce que le monde est déséquilibré. J’ai arrêté d’écouter les infos, je ne me prends pas la tête avec ces trucs de complot. “Science sans conscience n’est que ruine de l’âme”, chante Alpha Blondy. Je pense que le monde arrive à un tournant (…)”, explique le sculpteur guadeloupéen. Il est en train de finir deux oeuvres en bois de poirier: l’une faisant référence à la géométrie sacrée qu’il n’a pas encore baptisée, l’autre est un anolis géant qu’il a appelée “Covid-19”