Franck Thévenaud: « l’art commence à partir du moment où j’ai un avis »

Créée en 2016, Concept’Art est actuellement la galerie d’art en vue en Guadeloupe. Le 26 avril dernier, lors du lancement de la dernière étape de l’exposition itinérante intitulée « Horizons telluriques », visible jusqu’au 11 mai prochain au Fort Fleur d’Épée au Gosier, Franck Thévenaud, son directeur, nous a parlé de son métier et de ses projets.

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Originaire de la ville de Lyon (France hexagonale), Franck Thévenaud vit en Guadeloupe depuis 25 ans. Depuis 2016, il travaille dans le milieu de l’art après avoir fondé la galerie Concept’Art située à Jarry dans commune de Baie-Mahault. « Mon métier se situe entre le galeriste et l’agent : je ne suis pas vraiment un galeriste et je ne suis pas vraiment un agent. Les œuvres des artistes sont exposées dans l’agence immobilière de mon épouse et peuvent aussi être montrées dans divers lieux comme des restaurants mais aussi dans des lieux où l’on ne s’attend pas à trouver une exposition comme un salon de coiffure ou un cabinet de dentiste, des endroits où les gens ont du temps pour les regarder et avoir un coup de cœur. J’aime aussi trouver des endroits extraordinaires pour mettre en valeur les œuvres car, pour moi, le lieu d’exposition compte énormément», explique Franck Thévenaud.

Ce besoin de ne pas s’enfermer totalement dans une galerie d’art s’explique également par une envie de rendre accessible, de démocratiser l’art. « Je considère que l’art commence à partir du moment où j’ai un avis. Le plaisir que le public ressent quand il visite une exposition est important », déclare Franck Thévenaud qui se souvient de cet homme qui n’était pas un habitué des expositions de peinture mais, lors de sa première visite, il a eu un coup de foudre pour une œuvre et l’a achetée…

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Un catalogue d’une dizaine d’artistes

Cependant, Franck Thévenaud n’a pas décidé sur un coup de tête d’embrasser cette nouvelle carrière dans le monde de l’art. Auparavant, cet amoureux de l’art avait l’habitude de se rendre à des expositions dans l’Hexagone, à l’étranger et en Guadeloupe. Ses visites d’un grand nombre d’expositions individuelles ou collectives dans l’île lui ont permis et lui permettent toujours de voir le travail d’un très grand nombre d’artistes et de discuter avec ces derniers. « C’est vrai, je rencontre des artistes tous les jours. Certains viennent à la galerie ou m’envoient des photos de leurs tableaux mais je leur demande de me les apporter pour que je les vois. Je vois de tout et je refuse aussi des œuvres. Pour que je collabore avec un artiste, il faut que son travail me plaise et il faut aussi que lui me plaise, que j’ai envie de parler de lui, de présenter son travail. Il y a des artistes que je suis depuis plusieurs années, certains d’entre eux s’améliorent, d’autres stagnent… À Concept’Art, nous sommes quatre personnes à choisir les artistes mais j’ai le dernier mot. Actuellement, Concept’Art possède un catalogue d’une dizaine d’artistes en Guadeloupe avec laquelle elle travaille régulièrement. Je tends à limiter leur nombre pour bien m’en occuper», dit-il.

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Un découvreur de talents ?

Quand on lui demande s’il est un découvreur de talents, Franck Thévenaud sourit et répond : « Je serais honoré d’être un découvreur d’artistes talentueux. Aujourd’hui, je suis content du choix des artistes qui participent à l’exposition « Horizons telluriques » qui aborde le thème de l’avenir de la planète. Micheline Souprayen et François Piquet ont déjà une carrière. Les trois autres – Jérôme Sainte-Luce, Denis Ninine et Florence Poirier-NKPA – sont plus jeunes et je serais heureux de leur apporter quelque chose. Ils ont fait des études d’art et, comme Micheline Souprayen et François Piquet, ce sont des artistes professionnels. Selon moi, c’est très important qu’un artiste ne fasse que de l’art au lieu de produire des œuvres de temps en temps parce qu’il gagne sa vie en faisant un autre métier qui n’a rien à voir avec l’art. Je crois que l’artiste professionnel travaille avec toutes ses tripes, qu’il a plus envie de produire et de s’améliorer car il a besoin de manger, de vivre de son art ».

Par son métier, Franck Thévenaud qui ne se considère pas complètement comme un galeriste ni comme un agent, connaît les goûts artistiques des passionnés de l’art qu’ils soient collectionneurs ou autres. «En ce moment, certains recherchent des œuvres hyperréalistes », constate-t-il. Ce courant artistique n’est pas très développé par les artistes locaux mais il est certain que ce professionnel arrivera à trouver ces perles rares pour la clientèle de sa galerie…

Franck Thévenaud reconnaît qu’il y a un manque d’agents pour représenter nos artistes et vendre leurs œuvres mais il sait aussi qu’il sera difficile d’écouler toute cette production artistique sur le marché local alors son grand projet est de réussir à exporter le travail des artistes de Guadeloupe. « Nous sommes en train de rechercher des partenariats à Paris avec d’autres galeries qui peuvent exposer nos artistes. Cela prend du temps et coûte cher. Vu la qualité du travail de nos artistes, je peux les exposer en France mais aussi ailleurs, notamment aux États-Unis (…)», déclare-t-il.