5 artistes interprètent les “Horizons telluriques” de la galerie Concept’Art

Initiée en 2018 par la galerie Concept’Art, “Horizons telluriques” fait sa dernière escale intitulée “Dernières répliques” du 26 avril au 11 mai 2019 au Fort Fleur d’Épée au Gosier (Guadeloupe). Cette exposition collective et itinérante s’est auparavant arrêtée dans les communes de Sainte-Rose, Le Lamentin, Saint-François et Baie-Mahault. Cinq artistes (Jérôme Sainte-Luce, Denis Ninine, Micheline Souprayen, Florence Poirier NKPA et François Piquet) ont été sélectionnés par Franck Thévenaud, le directeur de Concept’Art, pour prendre part à ce travail artistique qui mêle la peinture, la photographie, le dessin et la sculpture.

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Jérôme Sainte-Luce est l’un des 5 artistes qui ont été sélectionnés par Frank Thévenaud, le directeur de la galerie Concept’Art, pour produire des oeuvres à partir du thème “Horizons telluriques”. “Lorsque Franck m’a parlé du thème “Horizons telluriques”, j’ai fait ma petite “cuisine” car il n’avait pas imposé quoi que ce soit pour interpréter ce thème. Le mot “tellurique” m’a conduit à la terre amérindienne qui est le centre de mon travail et “horizons” m’a fait penser que l’on regarde quelque chose de lointain”, explique-t-il.

En effet, Jérôme Sainte-Luce est né, il y a 38 ans, à Perpignan en France hexagonale mais ses origines se trouvent à Trois-Rivières, une commune connue pour son “Parc des Roches Gravées” par les Amérindiens avant l’arrivée des Européens en Guadeloupe. Il est devenu un artiste plasticien en 2009 après avoir fait des études en arts appliqués, fréquenté l’atelier du peintre Hiro à Valence, en Ardèche et celui du peintre Jean-Pierre Pophillat à Benicassim, en Espagne. Il a d’ailleurs gardé un souvenir particulier de cette dernière étape de sa formation : “chacun devait montrer son oeuvre et les autres stagiaires donnaient leur avis. Cet échange apprend à accepter la critique des autres”, déclare-t-il.

Jérôme Sainte-Luce a déjà présenté seul son travail à plusieurs reprises : “Fufytti” à la galerie Natif’ Design Art en 2004 ; “Les Âmes Gravées” au Fort Fleur d’Épée en 2009 ; “Les Passeurs d’Âmes” à la Maison de l’Architecture et du Patrimoine en 2016. L’artiste apprécie également les expositions collectives et a pris part en Guadeloupe, par exemple, aux “Rencontres d’Art et d’Histoire” en 2013 et 2016 ; à “57” en 2017 ; à la “Pool Art Fair” en 2018. En Martinique, il a participé à l’exposition “Les Antilles françaises entre Identité, Origines et Devenir” en 2017 et dans l’Hexagone, il était présent au “Art Shopping, Salon international d’art contemporain” qui s’est déroulé au Carrousel du Louvre à Paris en 2017 et 2018. “J’aime participer aux expositions collectives pour voir l’angle de travail des autres artistes, cela favorise aussi l’échange entre nous. En fait, on ne se voit pas tant que cela, nous les artistes et c’est dommage. Pour cette exposition, nous étions un petit groupe sympa et c’est toujours très enrichissant”, dit-il. Notons qu’en 2011, Jérôme Sainte-Luce a été le lauréat du “Concours Timbre officiel de La Poste, Collection Outre-Mer”. Le peintre n’a pas de techniques préférées :“j’aime toutes les techniques. Je peux peindre avec ce que j’ai sous la main comme la peinture à huile, l’acrylique ou autres mais quand je peins, il faut que cela soit ludique et pas contraignant. Je peins plutôt le soir et je dessine à n’importe quel moment, c’est plus instantané, j’aime l’imaginaire”, déclare l’artiste qui est aussi formateur spécialisé en arts appliqués.

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Denis Ninine a lui aussi accepté de faire partie de cette “aventure artistique” mise en place par la galerie Concept’Art. Cet artiste plasticien de 32 ans a tout de suite été inspiré par le thème “Horizons telluriques”, il était, pour ainsi dire, dans son élément. En effet, passionné de bandes dessinées et de dessin depuis son enfance, Denis Ninine est attiré par le monde de l’onirisme. “Ce thème m’a fait penser au cosmos, aux planètes gazeuses et aux planètes telluriques. J’aime les étoiles, le monde du rêve alors quand Franck m’a proposé de participer à cette exposition collective, j’ai accepté (…)”, dit-il. Et il poursuit en parlant de deux oeuvres qu’il présente lors de cette dernière escale de l’exposition au Fort Fleur d’Épée : “Dans le tableau que j’ai intitulée “Cosmogonie”, j’ai placé deux planètes l’une en face de l’autre, l’une est en construction, il y a différents personnages qui interviennent dont l’un qui monte dans une échelle pour accéder à un “ailleurs quelque part”, d’où “Horizons telluriques”. Il y a aussi ce personnage qui est un robot avec son système mécanique – qui peut être nous dans la société – il est surchargé et il jette des choses, c’est le côté sombre ; le côté joyeux est symbolisé par l’échelle, l’idée ou la quête d’un “ailleurs meilleur”… Dans l’oeuvre “We are the weather” (Nous sommes le temps), j’évoque le temps, les saisons, la nature avec cet arbre… Tout ceci fait partie du même monde, c’est quelque chose de cyclique”.

L’artiste a déjà pris part à plusieurs expositions collectives à Paris en 2011 (Instant D), en Martinique en 2013 (galerie 14N61W), en Guadeloupe en 2015 et 2016 (Pool Art Fair), en 2017 (Festival Bleu Outre-Mer, 57), en 2018 (OFF Art, Festival international de graffiti de Guadeloupe) pour n’en citer que celles-là ; en 2016, il a organisé sa première exposition personnelle intitulée “Un Écho” à la médiathèque du Lamentin.

Le jeune homme a obtenu son diplôme national d’art plastique (DNAP) à l’école d’art de Martinique en 2008. “J’ai aussi préparé un master 1 à l’IUFM pour avoir une formation pédagogique, pour avoir un plus dans mon parcours. Je ne voulais pas devenir enseignant, je préfère mener à bien mes propres projets, organiser des ateliers, par exemple”, déclare-t-il. Denis Ninine est donc un artiste professionnel, il vit et travaille dans la ville des Abymes. “Je peins tous les jours dans mon atelier. Je donne aussi des cours d’arts plastiques à des enfants de 8 ans. Les oeuvres que je présente aujourd’hui sont de style figuratif avec des paysages oniriques. C’est une nouvelle forme de figuration”, affirme l’artiste.

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Quant à Micheline Souprayen, elle écrit dans le catalogue de l’exposition : “(…)”Horizons telluriques” est sûrement une invitation à la connaissance du milieu naturel, tout comme la capacité d’exploiter ce milieu avec le respect pour ce dont on fait partie ; une opportunité à le considérer comme un véritable matériau artistiques (…)”. Cette artiste, âgée de 52 ans et originaire de Capesterre Belle-Eau en Guadeloupe, dessine depuis sa plus tendre enfance. “Depuis l’enfance, le dessin m’a permis de me retirer pour mieux aller vers les autres. Je regardais les bandes dessinées de Rahan, de Tarzan par exemple, c’est d’abord le graphisme qui me plaisait. J’ai commencé à dessiner avec des stylos à bille dans mon coin puis je montrais mes dessins à mes parents. Chaque fois que je voyais des images illustrées réalisées par de grands dessinateurs, cela me mettait en appétit. Quand j’étais étudiante à Paris, j’ai pu m’acheter des feutres d’architecte, je m’intéressais beaucoup aux magasins d’art. Je suis devenue auditrice libre aux Beaux-Arts de Paris et élève dans les ateliers de la ville de Paris. Ces cours avec souvent un modèle nu m’ont permis de capter le geste, l’un de mes professeurs disait que j’étais la seule à avoir le sens du rythme (…)”, raconte-t-elle. Après avoir obtenu sa licence en Administration Economique et Sociale (AES) à l’Université de Paris VII, la jeune femme a enseigné les mathématiques puis les arts appliqués à Chambre des Métiers de la Guadeloupe pendant une dizaine d’années, au Lycée professionnel du Lamentin et dans des écoles primaires. Même si elle garde un bon souvenir de cette période de sa vie, pour rien au monde elle ne quitterait sa carrière artistique actuelle. “Lorsque je peins, je me sens vraiment bien ; ma voie est celle-ci. J’aime beaucoup le dessin avec des feutres, le collage, la peinture à huile. J’aime beaucoup les détails dans mes oeuvres (…) J’aime aussi les choses qui permettent la créativité comme respirer le bon air, la méditation, la danse, la lecture. J’aime me poser des questions qui me font grandir et trouver l’inspiration. L’art (la peinture et le dessin) est devenu maintenant pour moi une vraie discipline que je pratique tous les jours”, déclare l’artiste.

Micheline Souprayen a déjà montré ses oeuvres dans une quinzaine d’expositions (Au fil du temps ; Le temps qui passe ; Mon pays, un jardin ; Cap Art etc.). Si sa fille Dominique (25 ans) a choisi une carrière dans la finance, son fils Laurent (23 ans) qui avait commencé des études de biologie a décidé de suivre les traces de sa mère ; il a intégré les Beaux-Arts de Toulouse et est attiré par l’hyperréalisme.

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Outre ces trois artistes, l’exposition accueille également les oeuvres de deux autres artistes qui n’étaient pas présents lors de notre reportage au Fort Fleur d’Épée. Il s’agit de Florence Poirier NKPA, une artiste née à Bordeaux en 1972. “Regarder un horizon ce n’est pas uniquement voir une ligne dite “horizontale”. C’est aussi voir ce qui mène personnellement d’un point à un autre… C’est envisager le chemin que je vais tracer vers mon propre horizon (…)”, déclare-t-elle dans le catalogue de l’exposition “Horizons telluriques”. Après avoir étudié les arts appliqués et arts plastiques à l’École Normale Supérieure de Cachan, Florence Poirier NKPA enseigne au Cameroun et en Guyane. En 2007, elle s’installe à Saint-Martin et, trois ans plus tard, elle crée le collectif d’artistes HeadMade Factory. L’artiste utilise comme technique un mix de photographies et de peinture et, depuis 2014, elle crée des portraits à partir de sa propre image et celle des différentes personnes qu’elle rencontre.

François Piquet est le sculpteur de cette exposition, il participe actuellement à la “Biennale de Venise” en Italie. Artiste autodidacte né en France hexagonale, il commence à pratiquer diverses disciplines artistiques (sculpture, installation, street art etc.) en Guadeloupe. En 2007, il réalise sa première sculpture monumentale à Darboussier à Pointe-à-Pitre puis il montre ses oeuvres dans dans plusieurs endroits de l’île mais aussi dans l’Hexagone (Marseille), en Martinique, au Portugal, au Sénégal etc. Le Musée de la Canne et le Memorial ACTe en Guadeloupe ainsi que l’International Slavery Museum de Liverpool (Angleterre) ont déjà acheté ses oeuvres. “Pour “Horizons telluriques”, j’ai choisi de réunir le bois, le corail et les lames de fer de l’usine Darboussier pour aborder les tremblements qui s’annoncent et laisser toute liberté à l’émergence de nouvelles formes”, écrit François Piquet dans le catalogue de l’exposition.

Comme lors des quatre précédentes expositions, le public – notamment les scolaires – pourra rencontrer les artistes. Une foire se tiendra les 10, 11 et 12 mai.